Les maladies rénales, explique la Dre Sandra Turcotte, sont « un peu sournoises ».
La plupart des personnes qui ont une tumeur au rein ne se rendent pas compte de sa présence avant que la maladie ait atteint un stade avancé. Au moment où du sang apparaît dans leurs urines ou qu’elles commencent à ressentir des douleurs au dos, le cancer est généralement devenu si avancé que la chirurgie visant à retirer le rein au complet est la seule véritable option.
La Dre Sandra Turcotte, professeure de chimie et de biochimie à l’Université de Moncton, travaille à changer cette réalité. Depuis plus de 20 ans, elle s’intéresse à la façon dont les maladies rénales évoluent au niveau moléculaire. Ses recherches pourraient contribuer à mettre au point de nouvelles façons de détecter et de traiter la maladie.
Un phénomène intrigant au potentiel considérable
La Dre Turcotte, qui est également chercheuse en résidence à l’Atlantic Institute for Cancer Research (ACRI), est arrivée à Moncton après avoir travaillé à l’Université Stanford, où elle a fait la découverte qui allait définir sa carrière.
À l’époque, la Dre Turcotte faisait partie d’une équipe qui testait les effets de nombreux médicaments différents sur des cellules cancéreuses. Un jour, en observant les cellules au microscope, elle a remarqué qu’elles réagissaient différemment à l’un des médicaments. Elle s’est alors demandé ce qui se passait.
Les découvertes en recherche commencent souvent de cette façon, explique-t-elle : « C’est quelque chose qu’on remarque tout simplement et qui, à partir de là, pique notre curiosité, nous pousse à l’explorer davantage — et ça peut nous mener très loin. »
Pour la Dre Turcotte, cette curiosité l’a menée au cœur des mystères de la propagation du cancer, une molécule à la fois.
Ses recherches portent sur la façon dont le cancer du rein désactive certains gènes qui, normalement, empêcheraient la formation de tumeurs. En laboratoire, elle et son équipe évaluent différentes thérapies qui pourraient cibler et éliminer ces gènes mutants, lesquels empêchent l’organisme de lutter contre la maladie.
Les taux élevés de cancer du rein au N.-B. alimentent la poursuite des découvertes
Étudier le cancer au niveau moléculaire est un travail minutieux et exigeant en temps. Les fondements que la Dre Turcotte établit depuis deux décennies pourraient éventuellement mener à de nouveaux traitements contre le cancer du rein qui seraient moins toxiques et plus efficaces que la radiothérapie et la chimiothérapie.
La prochaine étape de ses recherches consistera à développer des modèles tridimensionnels de cellules cancéreuses du rein afin qu’elle et son équipe puissent reproduire le plus fidèlement possible le comportement du cancer chez une personne. À partir d’échantillons de tissus provenant de patients, ils cultiveront de mini-organes (organoïdes) en laboratoire, qu’ils utiliseront ensuite pour tester les réactions à différents médicaments, à des combinaisons de gènes ou à d’autres thérapies novatrices.
À mesure que la Dre Turcotte poursuit ses recherches sur le cancer du rein, ses découvertes seront particulièrement pertinentes pour les gens du Canada atlantique, qui sont touchés par le cancer du rein à un taux plus élevé que le reste du pays. Selon Statistique Canada, en 2023, le taux de nouveaux cas au Nouveau-Brunswick était 45 % plus élevé que celui de l’Ontario.
La Dre Turcotte rêve de voir son programme de recherche établi au Nouveau-Brunswick contribuer à soigner d’autres Néo-Brunswickois. Si le Nouveau-Brunswick affiche les taux de cancer du rein les plus élevés au pays, il pourrait aussi montrer la voie en matière de traitements novateurs.
Elle affirme : « C’est formidable de pouvoir traiter les gens ici. Nous voulons comprendre le cancer ici. »



