Lire les lits de rivières pour détecter les signes de pollution de l’eau dans le nord du Nouveau-Brunswick

Ce n’est un secret pour personne : le nord du Nouveau-Brunswick accuse un retard par rapport au reste de la province en matière de croissance économique.

De nouveaux investissements qui affluent dans la région par l’entremise de l’APECA, d’Énergie NB et d’investisseurs privés lui donnent toutefois un élan prometteur. À titre d’exemple, l’Administration portuaire de Belledune s’est donné pour mission de devenir un pôle énergétique majeur, tant pour le transport que pour l’énergie verte.

Cependant, la croissance soulève des questions quant aux répercussions qu’une empreinte industrielle accrue pourrait avoir sur l’environnement.

Le Dr Alain Patoine, biologiste au campus de Shippagan de l’Université de Moncton, découvre des indices sur les impacts environnementaux dans les sédiments des rivières et des estuaires.

La pollution n’est pas toujours évidente

Shippagan est une ville aux ambitions industrielles. En 2023, le campus universitaire y a établi un pôle en robotique et en intelligence artificielle afin de moderniser l’industrie locale de la transformation des produits de la mer.

Quels effets un tel développement industriel pourrait-il avoir sur la qualité de l’eau dans la région environnante?

La réponse, selon le Dr Patoine, dépend d’une multitude de facteurs, dont plusieurs sont invisibles à l’œil nu.

Lorsqu’on pense à la pollution industrielle, on imagine souvent des éléments visibles, comme la fumée des usines ou des eaux usées se déversant dans un lac. Pourtant, bien d’autres facteurs ne peuvent être observés qu’au microscope. Les plans d’eau abritent une incroyable diversité d’organismes, et les plus minuscules d’entre eux peuvent influencer la qualité de l’eau.

Les leçons tirées des archives d’algues

Les travaux récents du Dr Patoine, financés en partie par RechercheNB, portent sur des souches d’algues qui ne peuvent être détectées qu’à l’aide d’équipements spécialisés.

Le Dr Patoine qualifie les algues « d’acteurs clés » des systèmes aquatiques, puisqu’elles se situent à la base de la chaîne alimentaire et servent d’indicateurs de la qualité de l’eau. Certaines variétés d’algues prospèrent lorsque la qualité de l’eau est excellente, tandis que d’autres peuvent rendre l’eau toxique.

À l’image des paléontologues qui lisent l’histoire à travers les fossiles, le Dr Patoine et son équipe prélèvent des échantillons de sédiments dans différentes couches au fond de la rivière Pokemouche et de son estuaire. Chaque couche contient des traces d’algues correspondant à une période donnée.

De retour au laboratoire, l’équipe analyse les échantillons afin d’identifier les types d’algues présents et d’établir une chronologie de la qualité de l’eau s’échelonnant sur plusieurs décennies. En comparant ces données avec des informations sur la croissance démographique, le développement des infrastructures et l’activité industrielle, les chercheurs peuvent établir des liens entre les changements apportés au territoire par l’être humain et ceux observés dans l’eau.

La qualité de l’eau, c’est aussi la qualité de l’économie

Les recherches du Dr Patoine portent sur des organismes microscopiques, mais leurs répercussions pour le Nouveau-Brunswick sont considérables.

« Nous dépendons tous des ressources en eau, explique le Dr Patoine. Les questions que je pose sur les facteurs favorisant le développement d’algues toxiques ont des répercussions très concrètes et directes sur le tourisme récréatif, la pêche sportive et la pêche commerciale. »

Alors que le nord du Nouveau-Brunswick poursuit son développement économique, ces questions deviendront encore plus pertinentes, non seulement pour le tourisme et la pêche, mais aussi pour d’autres secteurs. En comprenant mieux les changements historiques de la qualité de l’eau, nous obtiendrons de nouvelles informations pour aider à équilibrer la santé de l’économie avec celle de l’environnement qui la soutient.

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